

Né en 1913 au Caire, Albert Cossery est un écrivain de langue française que j’ai découvert il ya pas longtemps ; son style d’écriture, du moins singulier, est tout à fait saisissant.
A la question : « Pourquoi écrivez-vous ? », il répond tout simplement : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain » ; en effet, cet homme ne haïssait rien tant que la domination de l’homme sur l’homme, le culte de la consommation effrénée et de l’argent-roi.
Tous les romans de Cossery ont pour toile de fond la société égyptienne ; cette société qu’ils dépeignent est en proie à la dérive, à la corruption et aux différentes délations auxquels ses personnages sont soumis afin de « survivre » ; une dénonciation oblique et absurde(en recourant à l’humour et à la dérision) mais qui laisse lire en filigrane l’imposture du pouvoir politique qui a poussé la société égyptienne à ce dénuement.
Les hommes oubliés de Dieu (1941). Ce recueil de nouvelles est une description émouvante de la précarité qui règne dans les quartiers pauvres du Caire.
La maison de la mort certaine (1944). Des locataires d’une maison dans un état de délabrement décident d'écrire une lettre au gouvernement. Mais où l’envoyer cette? « Le gouvernement n'a pas d'adresse. Personne ne sait où il habite et personne ne l'a jamais vu » ; ceci dénote le désintérêt total du gouvernement face à ce qu’endurent les Egyptiens dans leur vie quotidienne.
Mendiants et orgueilleux (1955). Un prof a décidé de devenir mendiant quand il a compris qu'il n'enseignait que des mensonges. Face à l'imposture générale, les mendiants se contentent d'un peu de pain et de hasch. Un flic chargé d'une enquête dans leur milieu va démissionner et devenir également mendiant. « Il n'y avait plus en lui qu'une infinie lassitude, un immense besoin de paix, simplement de paix ».
Il me reste à lire Un complot de saltimbanques (1975), le dernier roman de son œuvre complète (tome1) éditée chez Joëlle Losfeld (une maison d’édition très spéciale qui privilégie les auteurs peu connus et à caractère singulier. Losfeld définit ainsi sa politique de travail :
« Je dirais que j'essaie de publier des livres dont les sujets ne sont pas forcément originaux mais qui se démarquent par un style et un caractère singuliers propres à l'auteur. Qu'il soit un peu dans la marge. »
Vous pouvez lire l’intégralité de l’interview sur : http://www.evene.fr.
C’est un régal que de lire du Cossery. Prenez connaissance de son œuvre et vous ne le regretterez pas…
2 commentaires:
Bientôt je vais finir "la Maison de la mort certaine" . Je vous donnerai mes impressions bientôt. Votre présentation du titre m'a mis l'eau à la bouche.
Bonjour,
Je saisis la triste nouvelle qui vient de tomber aujourd'hui même concernant un affaissement de vieilles bâtisses qui s'est produit en Égypte, pour vous faire part de mes sentiments à propos du livre de A. Cossery. Il y a eu beaucoup de victimes et des dégâts matériels. L’Égypte est encore sous le choc.
C'est incroyable comme le hasard ordonne les évènements. Je crois vivre une histoire ésotérique. L’histoire de "la maison de la mort certaine" d'Albert Cossery, vient d’avoir avec cet évènement un épilogue tragique. Dans ce récit l'auteur nous a brossé avec succès la vie misérable dans laquelle pataugeaient des malheureux locataires de la maison en question. La maison, sinistre par son état de délabrement avancé, était le centre d'inquiétude et de torpeur pour une poignée de familles aussi gueuses que pathétiques. Au début j'ai été très séduit par le style et la description captivante de tous les aspects de ce milieu fait de pauvreté et de dénuement. Au fur et à mesure que je m'approchais de la fin de ce récit, mon appétit pour l'histoire commençait à s'essouffler. En effet, l'auteur commence avec une fresque majestueuse qui nous a théoriquement préparé à attendre une suite tant grandiose que poignante. L'émergence de la conscience humaine de sa propre condition devait suivre un cheminement beaucoup plus complexe et plus réaliste. Il n'en fut rien de cela. Je trouve que l'auteur a coupé très court sa belle l'histoire à cause de la rapidité avec laquelle la prise de conscience a atteint sa maturité chez celui qui pourrait être décrit comme le personnage central (Abdel Al). La transition entre l'ignorance et la conscience était beaucoup trop succincte. Elle ne m'a pas convaincue personnellement. Et pourtant, l'auteur ne manque pas de talent. J'ai l'impression qu'il a voulu finir au plus vite avec son histoire. Je suis resté sur ma faim. Dommage!
La question qui est restée sur ma bouche après avoir lu goulûment le livre était qu'en est-il advenu de la maison. Quelle suite pouvait se produire entre les habitants de la venelle et le "gouvernement".
La suite je l'ai eu aujourd'hui dans les infos…
C'est une histoire d'une actualité encore brûlante.
Merci pour la référence.
Bonne continuation.
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