samedi 31 janvier 2009

Ce que les singes pensent de l'Homme

Trois singes dans un arbre discutaient
Et de beaucoup de choses s'entretenaient.
Il semble dit l'un d'eux, qu'il court une rumeur
Qui me met moi, de très mauvaise humeur.
On prétendrait et cette injure m'agace,
Que l'homme descendrait de notre belle race.

Mais jamais singe ne laisse femme et enfants
Mourir de faim dans dénuement.
Jamais non plus la dernière des guenons
Ne laisse ses enfants dans l'abandon.
Elle ne les enverrait pas de foyer en foyer
Jusqu'à ce qu'ils ne sachent qui les a procréés

Jamais non plus on n'a vu ni singe ni guenon
Entrer tard le soir saoul comme des cochons,
Ou faire passer les autres de vie à trépas,
Avec bâton, couteau, fusil ou je ne sais quoi.
Que l'homme soit descendu, c'est un fait.
Mais que ce soit de nous, alors jamais !

La liberté


Auteur:
Gibran Khalil Gibran


"Je vous ai vu vous prosterner aux portes de la cité et dans vos foyers,
et vous vouer au culte de votre propre liberté,
comme les esclaves qui s'humilient devant un tyran et le louent,
alors qu'il les anéantit.

Oui, dans le bosquet du temple et dans l'ombre de la citadelle,
j'ai vu les plus libres d'entre vous porter leur liberté
comme un joug ou des menottes.

Et mon cœur saigna en moi ; car vous ne pouvez être libre
lorsque vous forgez une chaîne du désir même de la liberté,
et quand vous ne cessez de parler de la liberté comme d'un but
et un accomplissement.

Vous serez libre en vérité non pas quand vous jours seront sans tourments et vos nuits sans un désir ou un chagrin,
mais davantage quand ces choses étrangleront votre vie,
et que pourtant vous vous élèverez au-dessus d'elles,
nu et sans entraves.

Et comment vous élèverez-vous au-delà de vos jours
et de vos nuits, à moins que vous ne rompiez les chaînes
que vous-même, à l'aurore de votre entendement,
avez fixé autour de votre âge mûr ?

En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes,
bien que ses anneaux scintillent au soleil et éblouissent vos yeux.

Et à quoi voulez-vous renoncer dans votre quête de la liberté,
si ce n'est à des parcelles de vous même ?

S'il existe une loi injuste que vous voudriez abolir,
cette loi fut écrite de votre propre main sur votre propre front.

Vous ne pouvez l'effacer en brûlant vos tables de la loi,
ni en lavant le front de vos juges,
même si vous déversiez sur eux la mer toute entière.

Et s'il existe un despote que vous voudriez détrôner,
voyez d'abord si l'image de son trône érigée en vous est détruite.

Car comment le tyran peut-il régner sur les affranchis et les fiers,
s'il n'existe une tyrannie dans leur propre liberté
et une honte dans leur propre fierté ?

Et s'il existe un tourment que vous voudriez dissiper,
le siège de cette crainte est dans votre cœur
et non dans la main du tourment.

Vraiment, toutes les choses se meuvent dans votre être
en une continuelle étreinte fatale ;
ce que vous désirez et ce que vous redoutez,
ce qui vous attire et ce qui vous répugne,
ce que vous poursuivez et ce que vous voulez fuir.

Ces choses se meuvent en vous comme la lumière et l'ombre,
en couples enlacés.
Et quand l'ombre se dissipe et disparaît,
la lumière qui persiste devient l'ombre d'une autre lumière.
Et telle est votre liberté qui, quand elle perd ses entraves,
devient l'entrave d'une plus grande liberté."

L'opinion selon Hannah Arendt


"Aucune opinion n'est évidente ni ne va de soi. en matière d'opinion, mais non en matière de vérité, notre pensée est vraiment discursive, courant, pour ainsi dire, de place en place, d'une partie du monde à une autre, passant par toutes sortes de vues antagonistes, jusqu'à ce que finalement elle s'élève de ces particularités jusqu'à une généralité impartiale. Comparée à ce processus, dans lequel une question particulière est portée de force au grand jour, afin qu'elle puisse se montrer sous tous ses côtés, dans toutes les perspectives possibles jusqu'à ce qu'elle soit inondée de lumière et rendue transparente par la pleine lumière de la compréhension humaine, l'affirmation d'une vérité possède une singulière opacité. La vérité rationnelle doit servir de matière aux opinions, mais ces vérités bien qu'elle ne soient jamais obscures, ne sont pas transparentes pour autant, et il est de leur nature même de se refuser à une élucidation ultérieure, comme il en est de la nature de la lumière de se refuser à la mise en lumière".La Crise de la culture, p. 308-309.

La mesure de l"Homme selon Mahatma K. Gandhi

"Ce n'est pas celui qui critique qui est important, ni celui qui montre du doigt comment l'homme fort trébuche ou comment l'homme d'action aurait pu faire mieux.
L'hommage est dû à celui ou à celle qui se bat dans l'arène, dont le visage est couvert de poussière et de sueur, qui va de l'avant vaillamment, qui commet des erreurs et en commettra encore, car il n'y a pas d'efforts humains sans erreurs et imperfections. C'est à lui ou à elle qu'appartient l'hommage, à celui ou à celle dont l'enthousiasme et la dévotion sont grands, à celui ou à celle qui se consume pour une cause importante, à celui ou à celle qui, au mieux, connaîtra le triomphe du succès, et au pis, s'il échoue, saura qu'il a échoué alors qu'il risquait courageusement.

C'est pourquoi la place de cet homme ou de cette femme ne sera jamais avec ces âmes tièdes et timides qui ne connaissent ni la victoire ni la défaite."

L'Espèce humaine de Robert Antelme.

"Nous étions cinq cents hommes environ, qui ne pouvions éviter d'être en contact avec les SS [...]

En face de cette coalition toute-puissante, notre objectif devenait le plus humble. C'était seulement de survivre. [...]

Je rapporte ici ce que j'ai vécu. [...] L'horreur y est obscurité, manque absolu de repère, solitude, oppression incessante, anéantissement lent. Le ressort de notre lutte n'aura été que la revendication forcenée, et presque toujours elle-même solitaire, de rester, jusqu'au bout, des hommes. [...]

Dire que l'on se sentait alors contesté comme homme, comme membre de l'espèce, peut apparaître comme un sentiment rétrospectif, une explication après coup. C'est cela cependant qui fut le plus immédiatement et constamment sensible et vécu, et c'est cela d'ailleurs, exactement cela, qui fut voulu par les autres. La mise en question de la qualité d'homme provoque une revendication presque biologique d'appartenance à l'essence humaine. Elle sert ensuite à méditer sur les limites de cette espèce, sur sa distance à la « nature » et sa relation avec elle, sur une certaine solitude de l'espèce donc, et pour finir, surtout à concevoir une vue claire de son unité indivisible."